Le lynx boréal : Le maître de l'affût

Après avoir frôlé l'extinction totale au XIXe siècle en raison de la déforestation et de la chasse, le lynx boréal a retrouvé ses quartiers de noblesse. En Suisse, on estime la population à plus de 300 individus, dont une petite centaine évolue dans le massif du Jura.

Le Parc Chasseral, avec ses forêts denses et ses zones de falaises, constitue un habitat de choix pour ce prédateur qui a besoin de vastes territoires (jusqu'à 100 km² pour un mâle) pour chasser le chevreuil et le chamois. 

Le lynx boréal est le plus grand félin d'Europe et une espèce emblématique des forêts suisses. Chaque lynx peut être identifié individuellement grâce au dessin unique de son pelage qui va du gris au roux brunâtre. Son observation directe reste un exploit rare, même pour les biologistes, en raison du mode de vie du lynx, un chasseur à l’affût difficile à observer.

Contrairement au loup qui chasse à l'épuisement sur de longues distances, le lynx est un prédateur de proximité. Son succès repose sur l'effet de surprise. Ses pinceaux auriculaires (les touffes de poils sur ses oreilles) agissent comme des antennes améliorant la localisation sonore. Elles lui permettent de détecter une menace ou une proie bien avant d'être vu. Le lynx se nourrit principalement de chevreuils, mais il chasse aussi les chamois, lièvres et renards. Un lynx a besoin d’un grand territoire pour chasser, même si une grande proie par semaine lui suffit pour se nourrir. Il est considéré comme une espèce typiquement liée aux forêts, mais il chasse aussi dans des milieux plus ouverts à proximité des forêts. Les jeunes restent avec leur mère jusqu’à l’âge de 9-11 mois, puis partent à la recherche de leur propre territoire, pour vivre ensuite en solitaire.

Espèce protégée

Le lynx est une espèce indigène protégée ne pouvant pas être chassée (loi fédérale sur la chasse). Depuis la ratification de la Convention de Berne, en 1981, la Suisse participe également aux efforts internationaux en faveur de la protection du lynx (« espèces de faune protégées »). Elle favorise l’expansion du lynx sur son territoire ainsi que dans l’ensemble de l’arc alpin et du Jura en autorisant la capture d’individus dans des régions à forte densité et leur déplacement vers des régions non encore colonisées dans notre pays et à l’étranger. Le « Plan lynx » de l'OFEV publié en 2006 fixe le cadre de la protection de cette espèce et l'indemnisation des dégâts causés aux troupeaux. Les menaces principales sur le lynx sont le braconnage, les accidents de la route, la fragmentation de l'habitat et l'appauvrissement génétique (consanguinité).

Populations séparées

S’il a bien failli disparaître à la fin du XIXe siècle, sa réintroduction dans les années 1970 a bien fonctionné : 16 lynx capturés dans les Carpates ont été lâchés dans les Alpes et 10 sur l’arc jurassien. Cette espèce fait cependant face à une nouvelle menace d'extinction silencieuse due à un manque de diversité génétique. En effet, les habitats propices au lynx ne sont pas encore suffisamment reliés entre eux, si bien que l’échange naturel d’individus entre sous-groupes est fortement limité. Les experts de la fondation KORA, chargée du suivi des grands prédateurs, alertent sur la consanguinité de la population de lynx boréal sur l’arc jurassien. Pour assurer la survie de cette espèce à long terme, des projets sont mis en place par la Confédération et les cantons. Ils visent à favoriser les échanges avec la population alpine, notamment par la création de corridors biologiques traversant le Plateau suisse,

Attaques de lynx et cohabitation

Dans le massif jurassien, les attaques de lynx sur le bétail restent rares et sporadiques comparativement à celles du loup. Le félin s'en prend parfois au petit bétail (moutons, chèvres). Le lynx est un prédateur solitaire qui tue généralement une seule bête par attaque. À l'échelle nationale, on compte environ 20 à 50 attaques par an sur ce type de proies pour une population d’environ 300 individus. Sur la chaîne jurassienne, on compte quelques cas par année. Les agriculteurs sont dédommagés par le Canton de Berne et la Confédération.

Sources / pour en savoir plus :

·       Fondation KORA : https://www.kora.ch/fr/especes/lynx/populations

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